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Épuisé |
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| Ed.Praelego-2ème volume |
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ROMAN
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L'ARBRE DE MAI Un roman de Christian Moriat
CHAPITRE 7
Il y a des jours qui, en rien,
ne ressemblent aux autres. Cela s'est passé samedi dernier.
C'était le lendemain du marché. Sur la sente qui conduit
aux Essarts. Voilà que François aperçoit un
petit mouchoir aux initiales brodées, oublié parmi
les herbes folles - A et W, lit-il. Nul doute qu'il appartient à
la jeune fille. Il le porte à ses lèvres. Puis à son nez. En hume le parfum. Et avec ravissement, s'en délecte. Comme s'il s' agissait d'une fleur à l'arôme fragile et précieux. Un arôme aux accents proustiens, qui pénètre les sens et l'âme. Comme le souvenir oublié de ses jours d'avant-naissance. Et qui le transporte là-haut, pour un fabuleux voyage, au-delà de la sphère terrestre. Au paradis des blancs nuages. Résidence des anges et des étoiles. C'est un immense trésor.
Un petit peu d'Elle qu'il tient religieusement entre ses mains.
Un peu de sa mystérieuse Pologne. Et qu'il rapporte radieux
dans sa chambre. Hors de la vue de son père, dont il redoute
d’immanquables et indiscrètes questions. Passent les jours. Et de sa découverte,
à personne il ne parle. C'est à lui. C'est son bien.
Elle n'avait qu'à ne pas le perdre. Aussi, avec le temps, se morigène-t-il.
Se traitant de sans-gêne, de malhonnête et de voleur.
De quel droit a-t-il le front de s' approprier un bien qui n'est
pas à lui ? D'autant plus s'il est la propriété
de celle qu'il aime. Puis, après la notion de
culpabilité, vient le discernement. Il réalise. Dieu,
qu'il a été sot ! Parbleu ! Mais, ce petit mouchoir,
qu'il a fait illégitimement sien, constitue un miraculeux
prétexte, pour entrer en contact avec elle. Par contre, que va-t-il lui dire,
en lui remettant ? Puis, d'abord, osera-t-il lui parler ? Nul doute
qu'elle va être étonné qu'il l'ait si longtemps
gardé. Oublieux qu'il a été de le lui rendre.
Nul doute qu'elle va le trouver d'attitude cavalière. Mais à quoi pensera-t-elle
à ce moment-là ? À un miracle ? Ou au bon Saint-Antoine
de Padoue, cet intercesseur portugais que l'on implore par la prière,
avec foi et confiance, afin de recouvrer les objets perdus ? Ou bien elle pensera à un
inconnu qui, secrètement, a de tendres pensées pour
elle. Mais qui n'a trouvé que cet artifice, parce que trop
timide pour l'aborder ? Aucune solution ne lui convient. Combien de temps vont durer ses
questions ? Combien de temps vont durer ses atermoiements ? À
trop s'interroger, on finit toujours par ne plus savoir où
l'on en est. C'est son cas. CHAPITRE 8
C'est le moment. Elle est seule,
dans la cour. En train d'étendre du linge. Une bassine à
ses pieds. Qu'elle a petits. On dirait une poupée. Puis,
comment est-elle habillée ? Il n'est pas sans ignorer - on
en parle au pays -, qu'une fois ou deux l'an, notamment à
Pâques ou à la Noël, la famille Wankowicz se rend
à l'église polonaise de Troyes. C'est pour elle l'occasion
de retrouver ses compatriotes. Et d'échanger dans sa langue
maternelle. Découvrant notre berger,
jeune fille de se prendre à rougir. 1. « Oui ? » (Traduction)
peine audible. Mais, s'interroge-t-elle, que faisait
donc le pastoureau, derrière sa ferme ? Ce n'est pas son
chemin. C'est alors que, le rouge aux joues,
il lui confie qu'il avait voulu quelque chose d'elle. C'est la raison
pour laquelle il ne le lui avait pas immédiatement rendu.
Mais il reconnaît qu'il s'est mal comporté. Et qu'il
a honte de l'avoir conservé. Sans son assentiment. - Il vous fait tant plaisir, ce
mouchoir ? finit-elle par lui demander, en se retournant pour reprendre
sa tâche interrompue. Cette fois, il a saisi. Il est
aux anges. Quel bonheur ! Elle le lui offre. Il n'y a rien de plus beau pour Ania que de se sentir aimée. Et ce ne sera pas facile pour elle, tout à l'heure, lors qu'elle retrouvera ses parents, de leur dissimuler sa bonne fortune. D'autant plus que celle-ci, ouvertement, s'affiche sur son visage. Tremblent ses jambes. Bat plus fort l'intérieur de sa poitrine. Brillent ses yeux. Fait tomber un linge, que précipitamment elle ramasse. Avant de le claquer au vent pour le débarrasser des herbes qui l'ont souillé. Avant que de le pendre. Elle n'est plus à ce qu'elle fait. Elle a chaud. Elle frissonne. Elle sourit. Elle est rouge. Elle est pâle. Elle est de toutes les couleurs. C'est alors qu'elle se rappelle du jour où elle l'a, pour la première fois, remarqué. C'était à l'église. Au moment de la sainte communion. Juste après avoir reçu l'hostie consacrée. Ils étaient tous deux agenouillés sur le prie-Dieu. Et elle ne s'en était pas rendu compte. C'est lorsque tous deux, se sont relevés de concert, que leurs regards, involontairement, se sont croisés. De ce regard échangé, elle n'en a rien oublié. Lui, si beau. Elle, si affreuse. (Alors qu'elle est loin de l'être. Mais il en est ainsi, quand on éprouve de l'affection pour une personne, on a tendance à se dévaloriser. Tel a été le cas du soupirant. Tel est le cas de la jeune fille.) C'était lui que depuis,
à l'exclusion de tout autre, en secret, elle cherchait instinctivement
dans la foule des fidèles, sur la place de l'église.
À l'entrée et à la sortie du saint lieu. Comment peut-on chérir un
objet qui lui avait, à elle, appartenu ? Un simple morceau
de dentelle par lui conservé. Dans sa chambre. Près
de son lit. ..........................................................................À SUIVRE |
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