ROMANS

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ROMAN N°01 : "L'école dont l'instit est un cancre"

Interview lors de la sortie du second tome:

 

Ed.Praelego- 2ème volume

ROMAN N°02 : "le Lézard dans le buffet"(Extrait)

 

 

ROMAN N°3 : "Lucile Galatte ou le temps des gauloises bleues"

Ed.Velours - Amazon - La Fnac - Gibert jeune

ROMAN N°04 : "Le bal des pourris"....


ROMAN N°05 : La Lieutenant au jupon rouge

ROMAN N°06 : Popaul, l'enfant qui voulait aller au ciel retrouver sa mère.

 

Le Pythagore éditions www.lepythagore.com

ROMAN N°07 :Sacré Popaul !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 08 :Popaulissime !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 09 Signé Popaul

Parution mars 2019 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 10 La carte à jouer

Parution Mars 2020 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 11 La chair salée À paraître

ROMAN N° 12 Riton le facteur et son chien Marcel...en tournée.


Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 13 L'or de la Barse Parution prochaine
ROMAN N° 14 Popaul: scout toujours prêt! En attente de publication
ROMAN N° 15: Dis maître...Est-ce que tu veux bien être mon père?"

En attente de publication

 

ROMAN N° 16 .Et mon coeur de battre comme un p'tit tambour Parution Septembre 2019 http://www.lepythagore.com

 

LE CHALLENGE: PUBLICATION CHAQUE MOIS DE NOUVEAUX CHAPITRES ECRITS AU JOUR LE JOUR

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........................ ............ET MON CŒUR DE BATTRE

COMME UN P’TIT TAMBOUR

Christian Moriat

 

CHAPITRE 46

UNE DERNIÈRE FOIS, MAMAN !


À chaque fois que je vais porter la bonne nouvelle municipale, mentalement, ma mère calcule le temps que je vais mettre pour gagner le carrefour entre les rues Des Perches, du Pont Chevallier et de la Grand’Rue. Ma septième halte. Là, où elle peut m’entendre. Puisque j’ai gardé le sens de sa tournée pour ne pas perturber les Vendeuvrois dans leurs habitudes. Même si je ne la trouvais pas logique, vu que le trajet est plus long. Mais, comme je l’ai déjà signalé, comme elle était bonne marcheuse, elle n’était pas à une centaine de mètres près.
Alors, peu avant mon arrivée, elle quitte son fauteuil pour se hisser sur le large rebord, devant la fenêtre de la cuisine – mon coin préféré pour regarder les passants –. Et s’y assoit. Ensuite, elle ouvre la croisée – quand elle est en état de le faire, bien entendu –. Puis écoute ma prestation.
Ce qui, au retour, donne lieu à des conseils sans nombre : « Travaille ta voix ! Elle est un peu juste »… Ou « Ne précipite pas le débit. Tu vas trop vite ! »… Ou bien « N’aie pas peur de rajouter un ra supplémentaire, pour les retardataires »… Ou encore « S’il y a du bruit autour de toi, un camion qui passe, les cloches qui sonnent, un chien qui aboie, n’hésite pas à faire une pause, quitte à poursuivre après, à l’endroit où tu t’es arrêté. » Etc…
Quand ce ne sont pas des compliments : « Il porte bien le tambour qu’Adrien Vergeot t’a donné »… Ou « Ce matin, tu étais particulièrement en forme »… Ou encore « Si ton père te voyait, comme il serait fier de toi ! »
Autant d’éloges qui me vont droit au cœur. Surtout de la part d’une professionnelle comme elle.
Aujourd’hui encore, à mon retour, je m’attendais encore à ses commentaires. D’autant plus que, pour lui faire plaisir, je tenais toujours compte de ses recommandations. Et j’étais content de moi.
Seulement, après avoir poussé la porte, qu’est-ce que je vois… ? Ma mère, allongée par terre. En chien de fusil. Loin de son chariot. Lequel avait roulé à l’autre bout de la pièce. C’est le buffet qui l’avait arrêté.
Elle avait certainement dû vouloir remonter dessus. Et comme il a des roues, l’engin s’était dérobé au moment où elle avait voulu quitter le rebord de la fenêtre pour son fauteuil. Et elle s’était assise à côté.
« Si ce n’est qu’une chute, cela ne doit pas être bien grave », que je pense… Pourtant, elle n’a pas réagi, quand elle a entendu la porte s’ouvrir. Bizarre !
Je l’appelle :
– Maman !
Aucune réaction…
– MAMAN ! que je crie.
Je me précipite. Vois ses jolis yeux qui regardent fixement en l’air. Sa canne. Puis son fichu tombé par terre…
– Maman ! Qu’est-ce que t’as… ?
Elle ne répond pas.
Vite ! Vite ! J’essaie de la soulever. En la soutenant sous les aisselles – Comme elle est raide –. Je n’y arrive pas. Elle se laisse aller – Mon Dieu ! Comme elle est froide !
N’arrivant pas à la rasseoir sur son chariot, je la traîne sur le carrelage. Pour la coucher sur son lit. Dans la salle à manger – Mon Dieu ! Mon Dieu ! Qu’est-ce qu’il lui arrive ?
Une fois qu’elle est allongée, je rabats les couvertures sur elle. Cours chercher la voisine. Lui dis qu’il faut appeler le médecin. Qu’elle est tombée. Qu’elle ne parle plus. Que ça a l’air grave. Et qu’il vienne au plus vite…
Madame Martin arrive. En essuyant ses mains mouillées dans son tablier – elle qui était en train d’éplucher des pommes de terre pour midi ?. Traverse la cuisine. Court vers la salle à manger. Se dirige vers le lit. S’arrête. Fait son signe de croix. Me prend dans ses bras. Et dit :
– Mon pauvre petit !
C’est à ce moment-là que j’ai compris.

CHAPITRE 47

FORMALITÉS


Tout s’est précipité…
Le médecin est venu. A signé un papier. M’a dit de le porter à la mairie.
Puis l’abbé Millet est arrivé, lui aussi, qui l’a bénie, en s’excusant de ne pas pouvoir faire plus. Vu qu’il était trop tard – c’est ce qu’il a voulu m’expliquer. Mais je ne l’écoutais pas –. Puis il m’a donné rendez-vous au presbytère. Pour fixer la date des obsèques.
Il a précisé qu’il fallait se dépêcher. Parce qu’on était en été. Et qu’il allait faire chaud – je n’ai pas vu le rapport ; mais j’étais bien content de garder ma mère encore un peu.
Après, les Guiberler sont entrés avec la petite Miette, qui était bien triste pour moi. D’autant plus qu’elle aimait beaucoup ma mère. Mais qui, à Vendeuvre ne l’aimait pas ?
Ce sont eux qui se sont occupés de tout. Avec Madame Martin. Laquelle a habillé maman, après lui avoir fait sa toilette.
Puis, comme on avait déjà un caveau, le fossoyeur municipal était soulagé :
– J’aurai pas à creuser. Surtout par cette chaleur.
Quant à monsieur Perrin, le menuisier il a voulu savoir ce que je désirais comme cercueil :
– Je voudrais qu’elle parte dans son lit.
Il m’a expliqué que ce n’était pas possible, mais qu’il ferait au mieux.
Bref ! J’étais littéralement perdu. Mais le comble, c’est quand maître Thomas, le notaire, a franchi la porte. Je me suis demandé ce qu’il voulait. Le père de Miette m’a dit que c’était la loi. Et comme il me fallait un tuteur, quand il a répondu que ce serait lui, j’étais rassuré.
Ensuite, ce dernier m’a posé des questions pour savoir ce que je souhaitais pour ma mère…
Est-ce que je voulais une veillée funèbre ? – j’ai refusé, car, déjà, à la mort de mon père, je n’avais pas supporté tous ces gens qui tournaient autour de son cercueil en l’aspergeant d’eau bénite. Et en répétant « condoléances », « condoléances »…. Je trouvais que ça faisait trop triste. En plus, à la fin, il était mouillé de la tête au pied.
– Madame Martin a été choquée. Car elle tient beaucoup aux traditions –.
Est-ce que je voulais des fleurs ? – quand il a vu que j’étais étonné qu’on me pose une question pareille, il a précisé que ce n’était pas pour moi, mais pour elle ; et que c’était pour mettre sur le journal, dans les avis de décès, pour « prévenir les gens » –. Je lui ai rappelé que maman les aimait beaucoup. Et je me suis souvenu du bouquet que j’avais cueilli pour elle dans le massif de l’Hôtel-Dieu. Même que j’avais mis plein de terre après mes souliers.
Par contre, je lui ai répondu que je ne voulais pas de couronnes1. Parce que les couronnes, ça fait vieux, ça fait laid et ça fait triste.
Il m’a répondu :
– D’accord.

___________________________________________________________________________
1. Autrefois, la coutume voulait que les tombes soient ornées de couronnes mortuaires en perles.


Par contre, il m’a expliqué que par cette chaleur, les fleurs, elles allaient mourir. Et que des fleurs fanées, sur une tombe, ce n’est pas joli non plus.
J’ai dit :
– Tant pis !
Puis, il voulait savoir si j’acceptais que les Vendeuvrois accompagnent maman au cimetière ? Comme une fois encore j’ai refusé, alors, sur sa feuille de papier, après « Fleurs naturelles seulement », j’ai vu qu’il avait ajouté « Seule la famille se rendra au cimetière… » – normal ! vu que sa seule famille, c’était moi, puisque, côté maternel et paternel, on n’avait plus personne. À part quelques cousins-cousines éloignés qu’il était inutile de prévenir. Vu que, depuis les obsèques de mon père, ils ne s’étaient plus jamais manifestés.
Miette m’a demandé, en retenant un gros soupir, si je voulais bien qu’elle vienne avec moi.
– Naturellement, que je lui ai fait.
Comme elle était rassurée, elle a cessé de pleurer.
– Et pour les cordons du poêle ? m’avait encore questionné son père.
Je lui ai demandé ce que c’était. Il m’a expliqué que dans un enterrement, il y avait toujours des gens qui marchaient à côté du corbillard, en tenant des cordons, attachés au drap funéraire, qui recouvrait le cercueil. Et que c’était à moi de les choisir.
Je lui ai dit que ce n’était pas la peine de mettre quelqu’un au bout d’une corde. Vu que maman ne risquait pas de se sauver. Hélas !
Cette fois, c’était au tour de madame Guiberler d’être choquée. Mais son mari de rétorquer que c’était à moi de décider. Elle n’a pas répondu. Et j’ai senti qu’elle était vexée.

Puis, au moment d’aller me coucher, j’ai eu du mal à refuser aux parents de Miette, qui tenaient absolument que j’aille dormir chez eux. Même que Madame Martin aussi s’était proposée.
Mais j’ai tenu bon. Car, ma dernière nuit, je voulais la passer auprès de ma maman.
Ils avaient fini par céder. Sauf que la petite avait décidé :
– Dans ce cas-là, je reste avec Louis.
Et comme madame Guiberler, ne voulait pas que sa fille dorme dans une maison où il y avait une morte, elle avait déclaré:
– En ce cas, moi aussi je reste ici.
C’est comme cela qu’on a dormi tous les trois. Madame Guiberler, Miette et moi au premier. Et maman en bas.

CHAPITRE 48

LE PETIT TAMBOUR DE MON CŒUR


De l’office funèbre, ce n’est pas la peine de me demander, je ne me souviens plus de rien. J’ai juste entendu madame Guiberler me dire : « Lève-toi. Maintenant on va au cimetière ». Et tout ce qui était avant s’est envolé.
En fait, cet office, l’ayant vécu de l’extérieur, je ne me suis rendu compte de rien. Un peu comme un malade qu’on aurait endormi à l’hôpital avant une opération. Pour qu’il ne sente rien – ça ne m’est jamais arrivé, mais cela doit être pareil.
Malgré tout, il m’en reste quand même quelques images :
Le cercueil couvert de fleurs devant l’autel et posé sur deux tréteaux. Avec sa rangée de cierges tout autour.
L’abbé Millet puis les enfants de chœur – aubes noires et surplis blancs.
L’encensoir balancé plusieurs fois au-dessus du drap mortuaire. Et le tintement métallique des chaînettes contre le« bol » et le « pot à feu » en argent – lequel faisait d’ailleurs une fumée épouvantable ; même que cela ne sentait pas bon.
Puis quelques paroles aussi, que l’abbé a eu la bonne idée de traduire en français – ce n’était peut-être pas la voix des anges, mais elles avaient le mérite d’être comprises.


« Accueillez, Seigneur, votre servante, Arlette Ferrières en votre saint paradis. Où l’attend déjà Edmond, son époux. Donnez-lui le repos éternel et que votre lumière les éclaire tous deux à jamais »… ou encore la réponse de Jésus à Marthe, quand elle lui a reproché d’être absent quand son frère est mort : « Je suis la résurrection et la vie », qu’il lui a dit. « Celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. »


J’ai trouvé que c’était très beau. C’est pour cela que je l’ai retenu.
Comme je suis à genoux, je me lève pour me rendre au cimetière – comme me l’a demandé madame Guiberler –… Me retourne. Et là, qu’est-ce que j’aperçois… ? Une église pleine à craquer. Avec des tas de gens dehors. Et qui n’ont pas pu rentrer.
Comme c’est curieux ! Devant tout ce monde, j’éprouve le terrible ressenti de celui qui, soudain, se retrouve tout seul – malgré la petite qui, de tout l’office, ne m’a pas lâché la main –.
C’est à cet instant, seulement, que je réalise que mon histoire avec ma mère est terminée…
Les fossoyeurs municipaux invitent les gens à sortir du saint lieu. Puis, une fois l’église vide, ils glissent le cercueil sur le corbillard. Et noie maman sous des monceaux de fleurs. Même qu’ils sont obligés d’en mettre sur le toit, tellement il y en a.
Puis, sur la bière, au milieu des gerbes et des bouquets, qu’est-ce que j’ai voulu qu’ils déposent… ? Le tambour de maman. Son tambour. Celui que monsieur Guérin lui avait offert, en remerciement de ses bons et loyaux services.
Et c’est entre deux rangs d’une foule immense que s’ébranle le corbillard, tiré par un cheval fatigué avant d’avoir commencé. Et précédé d’un monsieur le curé en sueur. Accompagné de deux enfants de chœur, dans le même état. Car la chaleur est accablante.
Devant le convoi, je rythme la marche avec le tambour d’Adrien Vergeot – Plan…plan…plan-plan…Plan…plan…plan-plan…d’une façon solennelle et recueillie –, tandis qu’à mes côtés, Miette, bras parallèles au sol, et paumes relevées, tient le costume de « l’apparitrice de Vendeuvre. »
Plan…plan…plan-plan…Plan…plan…plan-plan…
Loin derrière, les parents Guiberler suivent leur ancienne ouvrière, avec madame Martin, notre voisine…
Rue Saint Pierre… Le ciel est bleu comme les yeux de ma mère. Et sans nuages pour arrêter le soleil… Un vent chaud s’est levé. L’air devient irrespirable. Et le goudron fond, en faisant des bulles, qui éclatent. Dès qu’on pose le pied dessus.
Plan…plan…plan-plan…Plan…plan…plan-plan… On emprunte la Nationale 19…
Devant le seuil des portes, sur les trottoirs, tout au long du parcours, le tout Vendeuvre est sorti, qui nous regarde passer. Les femmes se signent. Les hommes ont retiré leur chapeau et leur casquette. Pour un dernier hommage à Leur tambour de ville. Sans toutefois l’accompagner, dans le respect de ce que j’avais demandé.
L’air tremble au-dessus d’une chaussée chauffée à blanc. Ploc…ploc…ploc…font les sabots d’un cheval couvert d’écume. Et qui s’applique à suivre le rythme imposé par le battement de l’instrument.
Plan…plan…plan-plan…Plan…plan…plan-plan…
Attention, danger! Un employé barre la route aux autos qui descendent. Quant à celles qui montent, elles attendent patiemment derrière le petit cortège. Malgré la fournaise. Mais ce n’est pas n’importe qui, qu’on enterre aujourd’hui. C’est ma mère, Arlette Ferrières, tambour de ville à Vendeuvre…
Ça y est. La voie est libre. On peut traverser la route…
Ploc…ploc…Ploc… Plan…plan…plan-plan…
Rue Dussacq… Route de Piney… Les grilles du cimetière sont ouvertes… On emprunte l’allée principale. On y est… Le cheval s’arrête. Le corbillard aussi.


Edmond Ferrières
1 929-1 952

C’est marqué sur la stèle. La tombale a été déposée sur le gazon. À côté du caveau béant.
Je me penche – c’est profond –. J’aperçois le cercueil de mon père. Je me signe.
On dépose le corps de ma mère sur des tréteaux. Une dernière prière… Une courte bénédiction… Deux cordes passées sous le cercueil, qui descend lentement…lentement, comme à regret, dans la fosse… Un dernier coup de goupillon en guise d’adieu… Maman vient de rejoindre son cher Edmond. Pour l’éternité.
Miette tend l’uniforme d’apparitrice, lequel est délicatement déposé sur le cercueil par le fossoyeur. Le même qui, par contre, refuse le tambour.
Heureusement, monsieur le maire intervient. Insiste. Dit que c’est celui de la commune. Et l’employé finit par céder.
Ouf ! J’ai eu peur…Maman pourra parcourir les allées célestes. Et publier les annonces de Saint Pierre aux saints du Paradis.
Mes yeux font le tour du cimetière. Dans un endroit reculé, dans une poche d’ombre, j’aperçois la famille Vergeot au complet. Avec l’Adrien et sa casquette du dimanche à la main.
Il y a aussi Bertrand Dufour – celui qui a des poux –, Quentin Leroy, reconnaissable à sa chevelure de cuivre. Puis, Virgile Malterre à côté de Ti’Claude, de Jean-Louis Boucher et de Bernard Perthuis venu avec sa sœur Lili.
Je reconnais Catherine, l’amie de maman, mademoiselle Châtel, mon institutrice, le cordonnier Roselier, l’épicier Charlier, le menuisier, les Bluet « pâtisseries-bonbons-jouets », les châtelains, le brigadier Renouard et son adjoint, monsieur Mercier, du Café de Paris…Bref, Vendeuvre est venu dire au revoir à ma maman. Malgré le soleil qui mouille les fronts et brûle les crânes.
Finalement, ils sont tous là, nos Vendeuvrois. Venus en catimini. Spontanément. Sans se donner le mot. Mais ils n’osent pas s’approcher. Pour respecter mon souhait.
Quant à moi, devant la pierre, je m’empare de mes baguettes. Et bats alternativement une série de ra et de fla, tous plus jolis les uns que les autres.
L’assistance médusée en a les larmes aux yeux. Jamais elle n’a entendu chant si beau. Et en même temps si désespéré – Miette, ma petite Miette est si émue qu’elle a posé sa petite main sur ma hanche –. Mais je n’ai qu’une idée en tête…jouer…jouer…jouer jusqu’à l’ivresse.
C’est alors que, très nettement, tout le monde a vu, derrière nous, nos deux ombres s’allonger…s’allonger. Jusqu’à n’en faire plus qu’une. Puis passer par dessus le mur du cimetière. Réveillant du même coup un grand oiseau blanc qui sommeillait derrière. Sur la branche d’un marronnier.
D’un battement d’ailes, celui-ci a aussitôt pris son envol. Et a suivi un temps ce chemin, que nos ombres réunis avaient tracé sur le sol, pour passer ensuite au ras de la tombe de maman, la recouvrant de son ombre à lui – laquelle était presque aussi vaste que le cimetière.
Puis, il a pris quelque chose dans son bec – quelque chose que nous n’avons pas eu le temps d’apercevoir, tellement le prodige a été soudain –. Et il est monté… monté droit devant lui, et a disparu dans le soleil. Guidé qu’il était par la fulgurance d’un rayon de soleil, qui s’était abaissé jusqu’à la tombe, faisant ainsi un véritable sentier lumineux.
Miette et moi, nous avons compris que c’était l’âme de maman que l’oiseau venait d’emporter. Sûr qu’elle avait la forme d’un tambour.

ÉPILOGUE

Il y en a, à Vendeuvre, qui prétendent qu’on entend des tambours. Tard le soir. Du côté du cimetière. Même qu’ils disent qu’ils font un détour, dès que la nuit tombe. Parce qu’ils croient que ce sont les morts qui tambourinent. En frappant sur le bois des cercueils. Pour demander aux vivants de les sortir de là.
Dites-leur de ne pas avoir peur. C’est nous, maman et moi, qui battons le ra. Elle m’informe des nouvelles d’en Haut. Moi je lui donne celles d’en bas. Et Miette est avec moi. Nous sommes bien vieux à présent.
Au fait ! J’ai oublié de vous le dire. La fille des bonnetiers ne s’appelle plus Marinette Guiberler. Mais Marinette Ferrières. Depuis que je me la suis mariée. Nous avons eu deux enfants. Et c’est moi qui ai succédé à son père, par la suite. À la direction de l’entreprise. Même qu’Adrien Vergeot, qui, entre temps avait épousé Lili, a longtemps travaillé pour moi. Mais je ne peux pas vous en dire plus… car, mon ombre est en train de… s’éteindre…


CLAP DE FIN

 

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